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Les bases de la photographie sous-marine

La photographie sous-marine est l'une des disciplines les plus techniques et les plus frustrantes de la photographie, et aussi l'une des plus récompensantes quand ça marche. La majorité des plongeurs qui débutent avec un appareil étanche repartent avec des images délavées, vertes ou bleues, floues ou surexposées. Ce n'est pas un problème de matériel — c'est un problème de compréhension du médium. L'eau n'est pas un décor neutre : elle filtre, diffuse, distord et modifie la lumière d'une façon que l'œil corrige inconsciemment mais que l'appareil enregistre fidèlement.

Ce que l'eau fait à la lumière

L'eau absorbe les longueurs d'onde de la lumière sélectivement. Le rouge disparaît d'abord, dès 3 à 5 mètres de profondeur dans des conditions normales. L'orange suit vers 10 mètres, le jaune vers 15 mètres. En dessous de 20 mètres, il ne reste que le bleu et le vert — c'est pourquoi les photos sans éclairage artificiel semblent toujours monochromates sous l'eau, même quand le plongeur voit des couleurs avec ses yeux (le cerveau les restitue à partir des indices contextuels).

L'eau absorbe aussi la lumière en quantité absolue : à 10 mètres par temps couvert, la lumière disponible est comparable à un intérieur sombre. À 25 mètres un jour nuageux, on est en dessous du niveau requis pour tout autofocus digne de ce nom. Cette pénurie de lumière combinée à l'absorption des couleurs chaudes explique pourquoi la plupart des photos sous-marines non éclairées sont à la fois sombres et monochromes.

La diffusion est le troisième problème. L'eau n'est jamais parfaitement transparente : les particules en suspension diffusent la lumière dans toutes les directions. Plus on est loin du sujet, plus la diffusion est importante et l'image voilée. Cette diffusion est également la cause principale du « backscatter » (rétrodiffusion) — les petits points blancs qui envahissent les photos prises avec flash intégré : le flash éclaire les particules entre l'objectif et le sujet, exactement dans l'axe de la photo.

Matériel : appareils et boîtiers

Il existe trois approches principales selon le budget et l'ambition. Les appareils compacts étanches (GoPro, Olympus TG-7, Nikon Coolpix W300) sont la porte d'entrée : pas de boîtier supplémentaire, utilisation intuitive, capables de descendre à 15-30 mètres. Leurs limites sont réelles — capteur petit, optique fixe, autofocus limité en basse lumière — mais ils permettent d'apprendre les bases sans investissement majeur.

La deuxième option est le compact haut de gamme dans un boîtier étanche dédié (par exemple Sony RX100 dans un boîtier Nauticam ou Ikelite). Le Sony RX100 Mark VII, avec son capteur 1 pouce et son optique Zeiss à large ouverture, dans un boîtier avec deux bras et deux strobes, constitue un système capable de produire des images professionnelles. Budget total : 2 000 à 4 000 euros.

Les systèmes mirrorless ou reflex (Sony A7 series, Nikon Z, Canon EOS R) dans des boîtiers pro (Nauticam, Sea&Sea) représentent le haut de gamme. L'avantage est la qualité du capteur, le choix d'optiques et les performances en basse lumière. L'inconvénient est le volume, le poids et le coût (5 000 à 15 000 euros minimum pour un système complet). Ces systèmes sont pertinents pour des plongeurs déjà expérimentés en photo de surface qui veulent produire des images de publication.

Strobes et éclairage

La solution au problème de couleur et de lumière est simple en théorie : apporter sa propre lumière. Les strobes (flashes sous-marins) ou les vidéo-lumières (LEDs continues) restituent les couleurs chaudes absorbées par l'eau et éclairent le sujet indépendamment de la profondeur.

Les strobes se fixent sur des bras articulés (arms) attachés au boîtier. La position optimale est divergente vers l'extérieur, légèrement en avant du plan du sujet — cela éclaire le sujet sans illuminer directement les particules dans l'axe de l'objectif. Le « backscatter » est presque entièrement supprimé quand le strobe est correctement positionné.

Pour la photo de macro (petits sujets à courte distance), un seul strobe compact suffit. Pour la photo grand-angle (récifs, requins, épaves), deux strobes sont nécessaires pour couvrir le champ et équilibrer les ombres. Les strobes modernes (Sea&Sea YS-D3, Inon Z-330, Ikelite DS161) se règlent en TTL (exposition automatique mesurée par le boîtier) ou en manuel avec des puissances variables.

Techniques de prise de vue

La règle d'or de la photo sous-marine est de se rapprocher le plus possible du sujet. La distance entre l'objectif et le sujet est l'ennemi n° 1 : chaque centimètre supplémentaire ajoute de l'eau et donc de la diffusion et de l'absorption. En grand-angle, on vise à être à moins de 30 centimètres du sujet principal. En macro, on est souvent à 10 à 20 centimètres.

La profondeur de champ sous l'eau est trompeuse : l'eau crée une magnification apparente qui fait que le sujet semble 25 % plus proche qu'il ne l'est. Cette magnification permet de photographier des sujets légèrement plus petits sans macro, mais complique aussi la mise au point précise.

La position du plongeur est déterminante. Photographier depuis le dessus est la posture la plus courante et la moins intéressante — elle donne des images aplaties et sans relief. La meilleure angle est au niveau du sujet ou depuis le dessous, tirant vers la surface — on obtient la diagonale de l'animal et souvent un fond bleu lumineux ou un contre-jour dramatique.

Réglages et post-traitement

En eau bleue (Méditerranée, tropiques), réglez la balance des blancs sur « Underwater » ou sur une balance personnalisée à partir d'une plaque grise. En eau verte (Atlantique, mer du Nord), la correction est plus difficile — préférez le shooting en RAW et corrigez en post-production. Le logiciel Lightroom avec le profil de correction underwater d'Adobe ou les presets spécifiques plongée (comme ceux de Backscatter) donne de bons résultats de départ.

La retouche en RAW permet de récupérer les couleurs chaudes manquantes en ajoutant de la chaleur (température de couleur) et en renforçant la saturation sélective des rouges et des oranges. Le déhaze (réduction du voile) peut redonner de la profondeur aux images avec backscatter résiduel. Découvrez les sites de plongée photographiques pour trouver les destinations où la vie marine et les conditions de lumière se prêtent le mieux à la photographie sous-marine.